Fusion des régions : quel bilan à mi-mandat ?
30 Jan 2018

Fusion des régions : quel bilan à mi-mandat ?

Voilà maintenant plus de deux ans que les nouvelles régions ont été mises en place. Puisque la mi-mandat n’est plus très loin pour tous les Elus concernés, n’est-il pas temps de faire le bilan de ces changements et en tirer tous les enseignements pour les prochaines années ? C’est en tout cas ce qu’il nous parait souhaitable de faire aujourd’hui en mesurant si ces nouvelles structures ont permis de relever tous les défis auxquelles elles étaient confrontées.

Le premier défi était celui de la gouvernance politique de ces nouvelles régions, dont plus de la moitié ont vu leur territoire et leur population augmenter sensiblement. Comment la fusion des anciennes régions a-t-elle été pilotée ? Et comment ces nouvelles collectivités ont-elles partagé un nouveau projet de territoire et travaillé ensemble pour un meilleur service aux citoyens ? Certaines d’entre elles semblent avoir pris ce sujet à bras le corps en engageant des travaux préparatoires, en garantissant un lien fort entre les élus directement concernés et en permettant un pilotage transversal (le plus souvent en mode projet) des principaux chantiers d’avenir.

Le deuxième défi, et non des moindres, était celui de la proximité territoriale avec les citoyens. Comment  rester à l’écoute de leurs besoins et leur apporter les réponses les plus adaptées et les moins coûteuses, alors que les nouvelles Régions sont devenues, pour certaines, des structures beaucoup plus grandes au service de plusieurs millions de citoyens ? Certaines collectivités l’ont d’ailleurs bien compris puisqu’elles ont cherché à mettre en place des services de proximité aux compétences élargies pour conduire les changements au plus près du terrain et faciliter par tous les moyens la réactivité de leurs agents.

Le troisième défi était celui de la cohésion sociale et culturelle de ces nouveaux ensembles. Comment en effet les nouvelles régions ont-elles réussi à tisser du  lien collectif et partager de nouveaux repères dans des structures d’une telle taille ? Comment ont-elles fait cohabiter des statuts et des situations souvent très différentes, tout en préservant le climat interne et l’engagement de chacun, sans risque de perte de sens pour agir au quotidien ? Comment ont-elles assuré la mobilisation de leurs ressources humaines pour faciliter la mobilité, la formation et parfois la reconversion de leurs agents ? Pour y parvenir, certaines collectivités ont tenté de mettre en place des actions d’accompagnement de leurs responsables hiérarchiques pour leur permettre d’être plus à l’aise dans leurs postures de « managers » en situation de changement.

Le quatrième défi – notre expérience de conseil est là pour en attester – était celui de la fluidité organisationnelle. Combien de fois n’avons-nous pas constaté la lourdeur des processus internes, la complexité des circuits de décision, le poids des hiérarchies internes, ainsi que les difficultés de travail en commun des agents territoriaux et des élus nouvellement en place ? Ici encore, certaines  collectivités ont engagé avec courage des actions de clarification des relations avec leurs élus, de lisibilité plus grande de leur organisation et de simplification des modes de fonctionnement internes. Mais la question demeure : les nouvelles régions ont-elles vraiment avancé sur ce terrain ?

Le cinquième et dernier défi (peut-être le plus important) était incontestablement celui de l’efficacité économique de ces nouvelles structures confrontées à une rigueur budgétaire accrue. Après une décennie marquée par de fortes augmentations des effectifs de la fonction publique territoriale et plus récemment par des changements importants dans la fiscalité locale, la question s’est forcément posée de retrouver des marges de manœuvre (au-delà des dotations de l’Etat) pour assurer le développement des territoires. L’expérience des collectivités qui ont d’ores et déjà intégré davantage de rigueur dans leur gestion quotidienne montre qu’il est possible de réaliser d’importantes économies sans remettre en cause les missions de service public et de trouver un équilibre satisfaisant pour tous (agents comme contribuables) entre le recours aux régies locales et l’ouverture à des entreprises privées, selon des modalités clairement définies, mises en oeuvre et contrôlées.

Au total, ce sont bien cinq défis que les gouvernants des nouvelles régions ont eu à relever depuis 2016. Espérons qu’en prenant le temps de tirer aujourd’hui tous les enseignements des premières années, ils sauront poursuivre les actions qui leur permettront de rendre rapidement et durablement opérationnelles ces organisations, dans l’intérêt conjoint des citoyens, des agents et de leurs partenaires au plus près des territoires de la République.

Jean-Pierre MONGRAND
jp.mongrand@dynaction.net